© iii ceramique Marc Albert

LA FONDATION TARTIERS

E n 2005, Marc Albert, ce créateur à l’imagination inépuisable, décide de quitter Paris, sans trop s’en éloigner et lâche son atelier d’Aubervilliers. Il a faim de campagne et vient s’installer en Picardie. Près de Soissons, dans un village ancien de bout du monde, Tartiers, il a découvert une merveilleuse maison d’artiste, que vient d’occuper un cinéaste.

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Un jardin sans vraie limite, truffé d’anciennes carrières perdues dans la verdure, une maison permettant de faire un immense atelier, de belles pièces de vie, le séduisent. Reste encore un étage inutilisé. Marc Albert aime donner de lui-même, comme il aime donner de l’énergie aux objets qu’il crée. Il décide de faire de Tartiers une résidence d’artistes, en y aménageant trois vastes chambres d’hôtes, décoration et confort garantis. Depuis 2010, moyennant une petite participation financière, les résidents sont accueillis, logés, nourris par un maître de maison fin cuisinier, et tout de suite, sous l’enchantement d’un lieu habité par l’art.

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Marc Albert a tenu à l’animer des tableaux de son père, le peintre aixois Marcel Albert, dont les compositions fantastiques sont accrochées aux murs ou groupées dans une sympathique réserve sous plafond. Ses propres œuvres de porcelaine jalonne la maison. La translucidité de cette matière lui semble aller de pair avec une certaine spiritualité, celle d’un univers où la couleur n’apparaît que pour exalter le blanc. Fréquemment, l’utilitaire se mêle au rêve, tels ces pots décentrés, semblant habités eux aussi par l’amour de la danse, ces cafetières frileusement couvertes d’un tricot de couleur, ces corbeilles ajourées dont les entrelacs semblent des écrits conservés dans la bibliothèque, ces abat-jour translucides animés du relief d’un fin réseau de grès gris, ce solide tabouret au siège de porcelaine.

Certains objets interrogent, comme cet alignement de gueules malmenées, au sourire éclaté. D’autres sont ludiques, jeu d’échecs repensé par le maître du lieu, ou 4/21 aux jetons raffinés. D’autres sont créés pour rêver, comme cette claire-voie où des oiseaux s’accrochent aux viroles d’un sommier déjanté.
Voilà de quoi enchanter les heures des résidents. Mais le plus important pour eux est sans doute leur travail. Les hôtes arrivent avec un projet plastique en tête. Marc Albert sera là pour les aider à l’exprimer en porcelaine. En revanche, les stagiaires l’aideront dans ses travaux. L’atelier est assez grand pour que personne ne se gêne.

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À la Fondation Tartiers, une jeune créatrice de bijoux a pu réaliser le masque en porcelaine dont elle rêvait. Deux Chinoises venues des Beaux-Arts de Marseille, ont créé des cuillères de porcelaine inspirées de la flore. Un Tunisien, adressé par l’Unesco, est venu séjourner. Zayo, star du graffiti, participant au concours Betancourt, a pu mettre au point la réalisation d’un château personnage, perché sur ses quatre membres. Après avoir beaucoup voyagé, Marc Albert fait ainsi le tour du monde. A la fin de leur séjour, les résidents repartent enrichis par l’atmosphère à la fois méditative et créatrice du lieu, enrichis aussi par la réalisation de cet objet qui, de rêve, est devenu réalité.

Marielle Ernould-Gandouet