© iii ceramique Marc Albert

doudou

Marc Albert, créateur prodigue et épris de liberté, aime se concentrer intensément sur un objet. Il y a 2 ou 3 ans, il s’est mis à jeter un regard nouveau sur les doudous.

Le thème d’inspiration est à la mode, parait-il. Marc Albert n’est donc pas le seul. Qu’importe ? Son accent est sincère lorsqu’il évoque « son enfance merveilleuse, dans la campagne d’Aix. » Sans nul doute, avait-il quelque doudou, une de ces valeurs-refuge des jeunes années, rendu informe par excès de tendresse. Son aventure de créateur avec les doudous a commencé en trempant un mouton abîmé par les ans, dans de la pâte de porcelaine. Lui ayant redonné bel aspect, son regard n’a plus été celui d’un adulte blasé, mais celui d’une enfance retrouvée. Il n’a pas détourné les yeux de ces doudous achevant lamentablement leur parcours terrestre, humbles, sales, cabossés, atteints de calvitie ou de dermite, oubliés, rejetés, après avoir été les rois de la scène. Au contraire, il les a recherchés, s’est mis à les collectionner, en a acheté des sacs entiers, doudous, abandonnés, redécouverts à Emmaus.

Peut-être a-t-il commencé par donner à chacun d’eux, quelque posture avantageuse. Arrêt sur image, pour ces doudous saisis en plein mouvement. Marc Albert va leur donner une autre vie. Parce qu’il a appris la porcelaine, parce qu’il aime la technique du moulage, parce qu’il sait en faire des choses très fines tout en restant vigilant au retrait de la matière au séchage, il redonne humour et tendresse à ces jouets perdus, en les trempant dans de la pâte de porcelaine d’une liquidité étudiée.

Transformés, les doudous et leurs blessures disparaissent à la cuisson, faisant place à ces moulages empreints de poésie, ce monde net et sans souillures de leur empreinte, un monde blanc et fantomatique : « J’aime le blanc, qui du matin au soir va prendre des couleurs », dit Marc Albert. Un monde parfois coloré. Disparition, réapparition de ces créatures imaginaires, figures à la fois charnelles et vides, présence/absernce, figées dans leur nouvelle vie. (…)

Les doudous, dotés d’une énergie nouvelle, seront comme autrefois, liés à une personne déterminée. « Une histoire se passe avec l’acheteur »dit Marc Albert, qui tient beaucoup au rapport acheteur/doudou. Au premier, il fournira un certificat d’authenticité, et souhaite avoir la photo du second avec son acheteur, dans son intérieur, dans sa vie nouvelle. « Les gens achètent des doudous qui leur ressemblent », dit-il. Des doudous qui sont sans doute un peu de lui-même, costumés de porcelaine, et saisis dans leur mouvement pour séduire le spectateur, et évoquant, qui sait ? le rapport qu’il avait avec son public, du temps où il était danseur.

Marc Albert est un éternel chercheur, -« L’intérêt, c’est la recherche », dit-il,-, passionné et rêveur, poète des choses revues assurant une autre vie à ce qu’il touche de ses porcelaines à la suave et fausse douceur.

Marielle Ernould-Gandouet (Revue de La Céramique et du Verre, Mai/juin 2012)